“Le Rameur” de Paul Valéry

“Le Rameur” describes a man who is rowing on a beautiful river. All is calm and you can only hear the sounds of his oars. The images are gorgeous and so is the rhythm. Then the poet starts to compare his effort to row with the effort of living ; the river becomes the time that passes, he fights it but it brings him inevitably towards death.

1 – Poem

LE RAMEUR
de Paul Valéry

À André Lebey.

PENCHÉ contre un grand fleuve, infiniment mes rames
M’arrachent à regret aux riants environs ;
Âme aux pesantes mains, pleines des avirons,
Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames.

Le cœur dur, l’œil distrait des beautés que je bats,
Laissant autour de moi mûrir des cercles d’onde,
Je veux à larges coups rompre l’illustre monde
De feuilles et de feu que je chante tout bas.

Arbres sur qui je passe, ample et naïve moire,
Eau de ramages peinte, et paix de l’accompli,
Déchire-les, ma barque, impose-leur un pli
Qui coure du grand calme abolir la mémoire.

Jamais, charmes du jour, jamais vos grâces n’ont
Tant souffert d’un rebelle essayant sa défense :
Mais, comme les soleils m’ont tiré de l’enfance,
Je remonte à la source où cesse même un nom.

En vain, toute la nymphe énorme et continue
Empêche de bras purs mes membres harassés ;
Je romprai lentement mille liens glacés
Et les barbes d’argent de sa puissance nue.

Ce bruit secret des eaux, ce fleuve étrangement
Place mes jours dorés sous un bandeau de soie ;
Rien plus aveuglément n’use l’antique joie
Qu’un bruit de fuite égale et de nul changement.

Sous les ponts annelés, l’eau profonde me porte,
Voûtes pleines de vent, de murmure et de nuit,
Ils courent sur un front qu’ils écrasent d’ennui,
Mais dont l’os orgueilleux est plus dur que leur porte.

Leur nuit passe longtemps. L’âme baisse sous eux
Ses sensibles soleils et ses promptes paupières,
Quand, par le mouvement qui me revêt de pierres,
Je m’enfonce au mépris de tant d’azur oiseux.

2 – Translation

THE ROWER – To André Lebey.

Bent against a great river, ceaselessly my oars
Tear me with regret from the laughing surroundings;
Soul with heavy hands, filled with oars,
The sky must yield to the tolling of the slow blades.

[adblock]Heart hard, eye distracted from the beauties that I strike,
Letting around me ripen circles of waves,
I want with sweeping blows to break the illustrious world
Of leaves and fire of which I sing softly.

Trees over which I pass, broad and innocent fabric,
Waters of painted foliage, and peace of accomplishment,
Tear through them, my boat, impose on them a rip
That runs from a great calm to extinguish the memory.

Never, daily charms, never have your graces
Suffered so much from a rebel testing his defenses,
But, as the suns have pulled me out of childhood,
I return to the source where even a name ceases to exist.

In vain, all of the nymph vast and continuous
Hinders with pure arms my exhausted limbs;
I will slowly break a thousand frozen bonds
And the silver barbs of her naked power.

This secret sound of the waters, this river strangely
Places my golden days under a silken blindfold;
Nothing more blindly wears down the ancient joy
Than a noise of flight, steady and changeless.

Under the ringed bridges, the deep water bears me,
Vaults filled with wind, murmuring, and darkness,
They pass over a brow that they burden with weariness,
But whose arrogant bone is harder than their door.

Their night lasts a long time. The soul lowers under them
Its sentient suns and its quick eyelids,
When, by the movement which clothes me in stone,
I sink in, in contempt of such futile skies.

 

3 – Introduction

Paul Valéry croit que la poésie possède un pouvoir émotionnel qui peut être presque magique. Pour lui, un poème parfait ressemble à une formule magique, et le sens logique d’un poème n’a pas beaucoup d’importance. En fait, il a donné à un de ses recueils de poésie le nom « Charmes ».

Ses poèmes typiques se composent d’un mélange d’images, qui sont souvent pas très claires. Parfois, il semble que Valéry choisisse des mots seulement pour leurs sonorités et rythmes, et qu’il n’y ait aucune idée logique pour soutenir le poème ! Pour ces raisons, ses poèmes peuvent être très difficiles à comprendre, surtout quand on les lit dans une traduction anglaise, car le pouvoir musical de ses mots est perdu.

« Le Rameur » est peut-être un peu plus clair que la plupart de sa poésie. L’image principale est simple : le poète est sur une barque, en train de glisser sur une rivière tranquille, en rompant le silence avec sa barque et ses rames, qui laissent une trace sur la rivière. La rivière représente la nature, ancienne et éternelle, et la progression du rameur représente le cours de sa vie. Le rameur éprouve l’ennui de toutes choses, et il sent qu’il se rapproche de la source de la rivière, qui représente la mort, le néant final et inévitable.