“Le Niagara” de Louis Fréchette

I’m going to talk about one of the most well known Canadian poems, and share with you a narrative of the poet’s life, and analysis of the poem as written by a dear student of mine.

1- Poem

L’ONDE majestueuse avec lenteur s’écoule ;
Puis, sortant tout à coup de ce calme trompeur,
Furieux, et frappant les échos de stupeur,
Dans l’abîme sans fond le fleuve immense croule.

C’est la chute ! son bruit de tonnerre fait peur
Même aux oiseaux errants, qui s’éloignent en foule
Du gouffre formidable où l’arc-en-ciel déroule
Son écharpe de feu sur un lit de vapeur.

Tout tremble ; en un instant cette énorme avalanche
D’eau verte se transforme en monts d’écume blanche,
Farouches, éperdus, bondissant, mugissant…

Et pourtant, ô mon Dieu, ce flot que tu déchaînes,
Qui brise les rochers, pulvérise les chênes,
Respecte le fétu qu’il emporte en passant !

frechette.jpeg2- Translation

Majestic waters gently flow;
Then, abruptly quitting that deceitful calm,
Furious, and sounding stunning echoes,
Into the bottomless abyss the vast river collapses.

Behold the falls! Its thunderous roar strikes fear
Even into the roving birds, who wheel away in flocks
From the enormous gulf where the rainbow unfurls
His fiery scarf on a vaporous bed.

All trembles; in an instant this enormous avalanche
Of green water transforms into mountains of white foam,
Savage, frantic, leaping, roaring…

And yet, O God, this flood which you unleash
That shatters the rocks, pulverizes the oaks,
Preserves the wisp of straw it bears away!

 

3 – Introduction

 

Aujourd’hui, je vais vous présenter un poème très particulier. Particulier de plusieurs façons. Premièrement, parce qu’il s’agit d’un poème canadien ; Le Niagara de Louis Fréchette. Et puis, surtout, parce que ce n’est pas moi qui l’ai choisi, ni qui l’ai analysé ; en effet, j’ai demandé à un de mes étudiant, amateur de poésie, s’il voulait bien se charger de mon prochain podcast. Il a accepté avec enthousiasme, a choisi un poème, puis m’a soumis son travail que nous avons alors revu ensemble.

Je suis donc honorée de prêter ma voix àJohn, et de partager avec vous son résumé de la vie de l’auteur, puis son analyse poétique. Je vais commencer par lire le poème lentement, puis je lirai la vie de l’auteur, l’analyse, et puis je relirai le poème plus rapidement.

4 – La Vie de l’Auteur

Louis Fréchette est né en 1839, le 16 novembre, à Lévis, au Québec. C’est un étudiant très rebelle, suivant des études dans trois écoles sans obtenir son baccalauréat. Il est néanmoins accepté dans un cabinet d’avocat au Québec. Il travaille aussi comme reporter pour Le Journal de Québec, et il commence sa carrière littéraire en écrivant une pièce de théâtre et son première recueil de poésie qui s’appelle Mes loisirs : poésies.

Fréchette commence aussi une carrière politique très active. Pendant les années 1860, la question politique la plus importante au Canada est la proposition de créer une nouvelle forme de gouvernement, une confédération des provinces sous une constitution fédérale. Beaucoup de Québécois s’opposent à cette idée, parce qu’ils ont peur que le peuple francophone perdre son identité culturelle.Fréchette soutient les adversaires de la confédération et il écrit des articles et des poèmes qui attaquent violemment la proposition. Cependant, la nouvelle constitution est acceptée, et la confédération comprend les provinces de Québec, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, et la Nouvelle-Écosse.

En novembre 1866, peut-être à cause de ses opinions politiques, Fréchette part du Québec et s’installe à Chicago, où il demeurera cinq ans. Pendant ces années il travaille en tant que journaliste et recommande l’annexion du Québec par les États-Unis !

Après être revenu au Québec en 1871, Fréchette pose sa candidature au parlement canadien. Il ne gagnera pas, et perdra encore en 1872. En 1874 il est enfin élu, et il reste au parlement pendant quatre ans.

En 1876 Fréchette et Emma Beaudry, la fille d’un riche marchand, se marient. Ils ont deux fils et trois filles. Après son mariage, Fréchette consacre plus de temps à ses ouvrages littéraires. Il écrit plusieurs pièces et des poèmes. Son recueil de poésie Pêle-mêle a un vif succès en France, ce qui l’encourage à soumettre deux autres recueils à l’Académie Française. L’Académie lui décerne le prix Montyon ; c’est la première fois que ce prix sera donné à un citoyen canadien.

Mais Fréchette ne peut pas totalement oublier la vie politique. Il soutient le Parti libéral, et essaye d’obtenir le poste de « Chargé d’affaires pour le Québec » à Paris. Il ne l’obtiendra pas et il décide à nouveau de partir du Québec. Cette fois-ci il voyage en France, où il rencontre beaucoup de personnes littéraires célèbres. Il fait aussi des conférences sur le Canada.

De retour au Québec, Fréchette s’installe à Montréal, et prend part à une autre campagne libérale, contre le pouvoir politique du clergé catholique. Pendant ce temps, sa célébrité ne cesse d’augmenter, et il se voit décerner beaucoup de prix et d’honneurs littéraires. Il devient le poète principal du Canada francophone, et compose des poèmes pour les célébrations spéciales. En 1887 il publie son plus célèbre recueil de poésie, La Légende d’un peuple, qui raconte l’histoire du Québec. Les jeunes écrivains canadiens le vénèrent car il soutient leurs carrières avec ferveur.

Louis Fréchette mourra en 1908, le 31 Mai. Il reste jusqu’à nos jours l’un des plus grands poètes de la littérature canadienne francophone.

 

5 – L’Analyse du Poème

[adblock]Cette année, la ville de Québec célèbre son quatre centième anniversaire. Samuel de Champlain a fondé la ville en 1608 au bord du fleuve Saint-Laurent. Champlain et les autres premiers explorateurs du Canada avaient été frappé par la beauté de la nature québécoise : des forêts muettes sans fin, des rivières et fleuves immenses, et des lacs aussi grands que des mers.

La structure du poème « Le Niagara » suit la progression de la rivière elle-même. D’abord, l’eau coule lentement, avec dignité. Alors que la rivière approche de la chute, elle prend de la vitesse, devient de plus en plus puissante et dynamique. Et puis, d’innombrables tonnes d’eau se jettent au-dessus de la falaise et tombent dans le gouffre.

Comme le Niagara, le poème commence avec un vers tranquille : « L’onde majestueuse avec lenteur s’écoule… ». Notez l’inversion de « avec lenteur » qui vient avant « s’écoule » alors qu’il devrait venir après. Cela lui donne de l’importance, et permet à l’auteur de finir son vers sur le long son « coule » qui sonne comme le bruit de l’eau. Il utilise les mots « l’onde majestueuse » et « calme » qui renforcent l’image de la rivière tranquille. Mais dans le reste de la première strophe, le rythme du poème prend de la vitesse et devient plus dramatique. Notez les sonorités « furieux », « frappant », « croule » ; on entend la rage croissante de la rivière.

Les deuxième et troisième strophes sont remplies d’images de mouvements violents et puissants : « C’est la chute ! », « bruit de tonnerre », « tout tremble », « énorme avalanche », « monts d’écume »… Remarquez la façon dont Fréchette décrit le Niagara presque comme une personne vivante. La rivière devient une bête sauvage, hors de contrôle, « farouches, éperdus, bondissant, mugissant », dont les bras d’écume tendent les mains pour saisir les oiseaux dans le ciel ! Dans ces vers Fréchette nous permet de voir et d’entendre tout le pouvoir terrible de l’eau déchaînée par la chute.

Dans la première strophe, la construction des vers est très classique. Chaque phrase commence et finit dans un vers, qui termine par une ponctuation ; c’est là que l’on respire. En revanche, dans les deuxième et troisième strophes l’auteur utilise une construction plus complexe. Les phrases commencent et finissent à la moitié du vers, où se trouvent également la ponctuation et donc la respiration. Ce rythme irrégulier crée un sentiment de chaos qui mimique le tumulte de la chute.C’est comme si les phrases elles-mêmes se jetaient au-dessus de la falaise, dans le précipice !

À la fin, la quatrième strophe emporte le poème dans une nouvelle dimension. Avant, dans les trois premières strophes, le poète était un témoin direct qui décrivait ce qu’il voyait. Et puis la quatrième strophe devient plus analytique. Le poète s’adresse à Dieu, rappelle une fois de plus la force extrême du Niagara avec les verbes « déchaîne, brise, pulvérise », et finit le poème par l’image profonde du brin de paille, emporté intact par les flots.

Mais est-il possible que ce poème ait un sens plus profond pour Fréchette ? La vie de l’auteur était remplie d’expériences douces et agitées. Peut-être s’est-il parfois senti lui-même comme un fétu emporté par le cours de sa vie, et le poème exprime son espoir et sa foi que son voyage se terminera sans heurt, grâce à la volonté et à la protection de Dieu.

Voilà, c’est fini pour aujourd’hui, je vais maintenant relire le poème de façon plus personnelle, et vous dis à bientôt pour un autre poème.

Au revoir.