Today, I’m going to read 2 poems of the 15th century: I will read them once in current French, and once in 15th century French, in their original form, and I will also present you the life of Villon.And you'll also get a bonus; the interpretation by French songwriter George Brassens of "Ballade des dames du temps jadis".

1 – Poème Ballade (des dames du temps jadis) – français moderne

Dites-moi où, dans quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, et Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut surhumaine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Où est la très sage Héloïse,
Pour qui fut châtré puis fait moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette peine.
Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté dans un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

La reine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Béatrice, Alice,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge Souveraine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Prince, ne demandez cette semaine
ni cette année, où elles sont ;
Je vous ramène à ce refrain :
Mais où sont les neiges d’antan

Poème Ballade (des dames du temps jadis) – vieux français

Dictes moy ou, n’en quel pays,
Est Flora la belle Rommaine,
Archipiades ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo parlant quant bruyt on maine
Dessus riviere ou sus estan,
Qui beaulté ot trop plus q’humaine.
Mais ou sont les neiges d’antan?

Ou est la tres sage Helloïs,
Pour qui chastré fut et puis moyne
Pierre Esbaillart a Saint Denis?
Pour son amour ot ceste essoyne.
Semblablement, ou est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust geté en ung sac en Saine?
Mais ou sont les neiges d’antan?

La royne Blanche comme lis
Qui chantoit a voix de seraine,
Berte au grand pié, Beatris, Alis,
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jehanne la bonne Lorraine
Qu’Englois brulerent a Rouan;
Ou sont ilz, ou, Vierge Souvraine?
Mais ou sont les neiges d’antan?

Prince, n’enquerez de sepmaine
Ou elles sont, ne de cest an,
Qu’a ce reffrain ne vous remaine:
Mais ou sont les neiges d’antan

Poem Ballade of the Ladies of ancient times – English

Tell me where, or in which land,
is Flora the beautiful Roman girl,
Archipiada, and Thaïs,
who was her first cousin,
Echo who answered when one makes noise
over rivers or ponds,
whose loveliness was more than human?
Oh, where are the snows of yesteryear?

Where is the very wise Héloïse
For who was castrated and then (made) a monk
Pierre Esbaillart at Saint Denis?
For her love he bore these trials.
Similary where is the Queen
Who ordered that Buridan
Be thrown in a sack into the Seine?
Oh, here are the snows of yesteryear?

Queen Blanche, light as a lily,
who sang with a mermaid’s voice,
Bertha Bigfoot, Beatrice, Alice,
Erembourge, who ruled the Maine,
and Joan the good maid of Lorraine
whom the English burned at Rouen;
where are they, where, O Sovereign Virgin?
Where are the snows of yesteryear?

Prince, don’t ask me in a week
or in a year what place they are;
I can only leave you with this refrain:
Oh, where are the snows of yesteryear?

Clicker pour une explication de la signification de ce texte en français.


2 – Poème Épitaphe – français moderne

Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
Dieu aura plus tôt miséricorde de vous.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Si nous vous appelons frères, vous n’en devez
Avoir dédain, bien que nous ayons été tués
Par justice. Toutefois vous savez
Que tous les hommes n’ont pas l’esprit bien rassis.
Excusez-nous, puisque nous sommes trépassés,
Auprès du fils de la Vierge Marie,
De façon que sa grâce ne soit pas tarie pour nous,
Et qu’il nous préserve de la foudre infernale.
Nous sommes morts, que personne ne nous tourmente,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

La pluie nous a lessivés et lavés
Et le soleil nous a séchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont creusé les yeux,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais un seul instant nous ne sommes assis;
De ci de là, selon que le vent tourne,
Il ne cesse de nous ballotter à son gré,
Plus becquétés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Prince Jésus qui a puissance sur tous,
Faîtes que l’enfer n’aie sur nous aucun pouvoir :
N’ayons rien à faire ou à solder avec lui.
Hommes, ici pas de plaisanterie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

Poème Épitaphe – vieux français

Frères humains qui apres nous vivez
N’ayez les cuers contre nous endurciz,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devoree et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s’en rie :
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!

Se frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutesfois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas le sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz:
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
A son plaisir sans cessez nous charie,
Plus becquetez d’oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A luy n’avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n’a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.

Poem Epitaphe – English

Human brothers that live when we are dead,
don’t set your heart against us as well.
If you could pity us instead,
then God may sooner pity you.
We are strung up to view here, five, six,
as for the flesh we fed so well,
it’s been eaten and has rotted.
We bones are becoming dust and powder.
Of our bad luck, no one should laugh:
but pray God for all to forgive us.

If we call you brothers,
don’t be upset, although we were condemned
by justice. Yet, you know
all men are not entirely rotten.
Pray for forgiveness, since we’re dead
to the son of the Virgin Mary,
May his grace never end for us,
and protect us from the flames of Hell.
We’re dead don’t torture us as well:
but pray God for all to forgive us.

We’ve been showered and rinsed with rain
the sun has dried us out black.
Magpies and crows have feasted on our eyes
and plucked out our beards and eyebrows.
We’ve never ever sat;
winds blew us here or there at wish;
more pricked by birds than a tailor’s thumb
So do not join our brotherhood;
but pray God for all to forgive us.

Prince Jesus, who is the Lord to all
Keep us from going to Hell
or having anything to do with it.
Men, this is no laughing matter;
but pray God for all to forgive us.


3 – Transcript of the introduction to the podcast

francois_villon.jpgAujourd’hui, je vais vous lire des poèmes de François Villon. Enfin, je vais faire de mon mieux pour vous lire des poème de François Villon, car il s’agit de poèmes du 15ème siècle, écrit en vieux français, et je ne sais pas vraiment comment il faut les lire !

Je réalise que ces poèmes sont bien plus difficiles que les poèmes que je choisis normalement pour cet Easy French Poetry Podcast, mais plusieurs auditeurs m’ont demandé de lire ces poèmes en vieux français, ils sont très connus et très beaux, et si pour une fois vous ne comprenez pas tous les mots, et bien laissez vous porter par le rythme et les rimes, et les images que vous comprenez… c’est ça la poésie !

D’abord, une petite introduction sur la vie de l’auteur. François de Montcorbier, est né en 1431dans une famille pauvre, et son père meurt alors que François est encore très jeune. Élevé par un chanoine, maître Guillaume de Villon, qu’il appelait son “plus que père», François passe son bac et continue des études d’arts à Paris. Il reçoit sa maîtrise en 1452. À part ces quelques faits sur sa jeunesse, la vie de François Villon est remplie de zones d’ombre, et les seules informations certaines que nous connaissions sur sa vie adulte sont d’origine judiciaire, ce qui renforce l’image légendaire de poète «malfaiteur» qui est la sienne depuis la fin du Moyen Âge.

En 1455, Villon se bat avec un prêtre, Philippe Sermoise, et le tue. Villon fuit Paris, et n’y revient qu’en 1456 après avoir reçu du roi une lettre de pardon ; il semblerait que c’était Philippe Sermoise qui avait commencé la dispute… Villon commet alors un vol au collège de Navarre, et fuit une nouvelle fois Paris. Il décrit sa fuite dans un poème célèbre, le “Lais”.

On ne sait pas vraiment où il va après ; à Angers sûrement, puis à la cour de Charles d’Orléans, à Blois. Il est alors associé avec une bande de criminels, “la bande des Coquillards” sur laquelle il écrit plusieurs ballades.

En 1461, il est mis en prison pour des raisons inconnues, et libéré quelques mois après. Il rentre à Paris où il compose “le Testament”. La première partie de ce texte est une méditation consacrée essentiellement à la perte de la jeunesse, aux méfaits de l’amour mais surtout à la mort (cette partie contient la célèbre Ballade des dames du temps jadis que je vais vous lire dans ce podcast).

Impliqué dans une rixe, c’est à dire une bagarre, pendant laquelle François Ferrebouc, notaire pontifical, est blessé, Villon est arrêté, torturé et condamné à la pendaison. Il fait appel à la sentence. C’est sans doute pendant ces jours pénibles qu’il a écrit la Ballade des pendus, intitulée aussi l’Épitaphe. Le 5 janvier 1463, le parlement de Paris change la sentence de pendaison en dix ans de bannissement. Ce sont là les dernières traces que nous ayons de François.

Son œuvre est dominée par la mort, le rôle de l’amour, et l’importance considérable accordée à la personne du poète, ce qui est rare au Moyen Âge, où la poésie est considérée davantage comme un jeu de styles et de beaux mots. Villon a beaucoup influencé les poètes romantiques du 19ème siècle comme Théophile Gautier.

Dans le premier poème que je vais vous lire, Ballade des dames du temps jadis, Villon parle des femmes qui ont maqué l’histoire romantique et la mythologie ; Flora, c’est la déesse romaine des fleurs, Alcibiades une ou un beau grec dont a parlé Platon, Thaïs, une courtisane grecque influente au temps d’Alexandre le Grand, Héloïse une none qui a vécu une passion interdite avec le moine Pierre Abelard, la première reine est Jeanne de Navarre, la reine Blanche Blanche de Castille, Berthes au grand pied la reine des francs, etc… la liste se terminant par Jeanne d’Arc et enfin la Vierge Marie.

Le deuxième poème, connu sous le nom de Ballade des Pendus ou bien Épitaphe, a vraisemblablement, probablement, été écrit après son arrestation de 1462, alors qu’il était en prison et que lui et ses compagnons attendaient de savoir s’ils allaient être pendus. Comme vous le savez déjà, Villon sera condamné à mort, mais il fera appel, et le 5 janvier 1463, le parlement de Paris changera la sentence en dix ans de bannissement.

Voilà, je finirai ce podcast en jouant l’interprétation de George Brassens de Ballade des dames du temps Jadis. Cet enregistrement provient de son album enregistré en 1952, et selon les lois de copyright françaises, est maintenant dans le domaine publique, je peux donc le mettre dans ce podcast légalement.

Je vais d’abord lire les poèmes en français moderne, puis faire de mon mieux pour les lire en vieux français ! Bonne écoute, et à bientot pour d’autres poèmes.